GEO : on ne sait qu'une chose, c'est qu'on ne sait rien

Dans cet article, Carine GROZ, Marketing Manager de Coexya, partage sa vision du GEO — non pas comme une discipline maîtrisée, mais comme un territoire en construction, où la méthode vaut mieux que la précipitation.

Ce qui est en train de changer — et qu’on ne peut plus ignorer

Socrate disait savoir qu’il ne savait rien. C’est à peu près là où en est le GEO aujourd’hui. Tout le monde en parle, les conférences se multiplient, les outils SaaS de mesure et de pilotage se multiplient — et pourtant, personne ne peut vous expliquer avec précision comment un LLM décide de citer une marque plutôt qu’une autre. Les boîtes noires restent des boîtes noires.

Mais l’incertitude sur les mécanismes n’efface pas la réalité des signaux. Et les signaux, eux, sont clairs.

Le trafic web issu des moteurs IA représente déjà 1 à 2 % des visites sur les sites d’entreprises bien positionnées en SEO — une part modeste, mais qui croît vite et qui convertit mieux que la moyenne. Le taux de clic sur les résultats SEO classiques a chuté de 34 %* en 2025 : les utilisateurs lisent la réponse de l’IA, ils ne descendent plus chercher le lien. Et pour les entreprises qui ont commencé à travailler leur visibilité dans les moteurs IA, les premiers leads entrants citant une réponse d’IA comme point de départ de leur démarche sont déjà là.

Google reste la porte d’entrée principale du web — 78 %* du trafic. Mais les projections convergent : d’ici 2028, les moteurs IA pourraient supplanter les moteurs de recherche classiques en termes d’usage. L’enjeu n’est pas de paniquer. C’est de ne pas attendre.

*Source : Ahrefs · 2025

Des outils, oui,  mais pour mesurer quoi exactement ?

Face à ce constat, le réflexe naturel est de chercher un outil. Et le marché répond — vite. AYM, Gumshoe, Semrush… : des plateformes qui promettent de mesurer votre visibilité dans les réponses des moteurs IA, avec des dashboards propres et des scores rassurants.

Le problème n’est pas qu’ils ne fonctionnent pas. C’est qu’ils répondent peut-etre à une mauvaise question.

Ces outils envoient une liste de prompts génériques aux LLM et vérifient si votre marque apparaît dans la réponse. Résultat : vous savez si ChatGPT cite votre entreprise quand on lui demande « quelles sont les meilleures entreprises IT françaises ». C’est une information. Mais ce n’est pas celle qui compte.

Car votre cible ne pose pas forcément cette question-là. Un DSI demandera : Comment challenger le plan de charge d’une ESN ?   Un responsable métier, lui, veut savoir : quelle est la solution la plus agile pour mon business, et qui peut m’aider à l’implémenter ? le responsable achats interroge l’IA sur l’optimisation des coûts et la fluidification des processus. Trois personnes, trois contextes, trois conversations avec l’IA — et trois réponses radicalement différentes dans lesquelles votre marque peut apparaître, ou pas.

Un outil générique ne fait pas forcément cette distinction. Il mesure une visibilité moyenne, sur des questions moyennes, pour un acheteur moyen qui n’existe pas. Vous obtenez un score. Mais vous ne savez pas si vous existez pour les gens qui ont réellement le pouvoir de vous choisir.

C’est la limite fondamentale des outils GEO du marché aujourd’hui : ils sont construits pour être vendus à tout le monde, donc ils ne sont vraiment utiles pour personne en particulier.

La seule boussole qui tienne : le persona

Si personne ne maîtrise vraiment les mécanismes du GEO, comment avancer sans naviguer à l’aveugle ? La réponse n’est pas dans un outil miracle. Elle est dans une discipline que les marketeurs connaissent bien, et que les équipes commerciales pratiquent depuis toujours : la connaissance fine de ses cibles.

L’approche persona n’est pas une nouveauté. Ce qui est nouveau, c’est de l’appliquer systématiquement à la façon dont on interroge les moteurs IA — et donc à la façon dont on mesure et produit du contenu.

Le principe est simple. Avant d’envoyer le moindre prompt à un LLM, on se glisse dans la peau du persona : son métier, ses priorités, ses irritants, son vocabulaire. On génère les questions qu’il poserait réellement à une IA — pas des mots-clés, des vraies questions, formulées comme il les formulerait. Puis on interroge les moteurs en adoptant ce point de vue, et on observe : la marque apparaît-elle ? Dans quel contexte ? Comme référence crédible ou comme simple mention ?

Ce travail révèle des choses qu’aucun dashboard générique ne montre. Une entreprise peut être bien visible sur ses sujets grand public, et totalement absente des réponses données à un profil technique qui pose des questions d’architecture. Elle peut exister pour un acheteur qui cherche une solution, et ne pas exister du tout pour le décideur qui valide le budget. Ce sont des angles morts stratégiques — et ils restent invisibles tant qu’on ne pose pas les bonnes questions, avec les bons yeux.

L’autre vertu de l’approche persona, c’est qu’elle rend le diagnostic actionnable. Quand on sait que tel profil ne trouve pas la marque sur tel sujet, on sait exactement quel contenu produire, pour qui, et sur quelle question. Pas plus de contenu — le bon contenu, au bon endroit, pour la bonne personne.

C’est d’ailleurs ce que les LLM semblent valoriser : des contenus signés, sourcés, qui démontrent une expertise réelle sur des questions précises. L’IA ne sélectionne pas les généralistes. Elle sélectionne ceux qui répondent vraiment à la question posée.

Méthode d’abord, outil ensuite

Une fois la méthode posée, la question de l’outillage se pose différemment. Non plus « quel SaaS me donne un score de visibilité ? » mais « comment industrialiser cette démarche de façon durable et pertinente pour mon contexte ? »

Car la vraie difficulté du GEO n’est pas de faire un audit. C’est de le refaire régulièrement — tous les mois, sur une liste de requêtes qui évolue, pour plusieurs personas, sur plusieurs moteurs IA, en suivant ce que disent les concurrents dans les réponses. Manuellement, ça représente vite plusieurs dizaines de requêtes par cycle. Sans structure, ça ne tient pas dans la durée.

C’est là qu’un outil sur mesure prend tout son sens — non pas comme point de départ, mais comme aboutissement logique d’une méthode éprouvée. Un tableau de bord GEO vraiment utile n’est pas universel. Il est construit autour des personas qui comptent pour vous, de votre univers concurrentiel réel, et des KPI qui reflètent vos objectifs business : est-ce que j’apparais dans les réponses données à mon acheteur type ? Est-ce que je suis cité avant ou après mes concurrents directs ? Sur quels sujets suis-je une référence, sur lesquels suis-je invisible ?

Ce niveau de précision, aucun outil générique ne peut le fournir par construction. Il se construit, itération après itération, à mesure que la méthode se consolide.

L’avantage ne sera pas pour les premiers équipés

Le GEO est une discipline jeune, mouvante, et fondamentalement incertaine. Les algorithmes changent, les moteurs évoluent, les comportements des utilisateurs se transforment plus vite que les meilleures études de marché. Prétendre le maîtriser serait intellectuellement malhonnête.

Mais l’incertitude n’est pas une raison d’attendre. C’est une raison de construire une méthode solide plutôt que de s’équiper d’outils qui donnent l’illusion du contrôle.

L’avantage compétitif n’ira pas aux entreprises qui auront acheté le meilleur SaaS GEO en premier. Il ira à celles qui auront compris que la vraie question n’est pas « est-ce que mon nom apparaît dans les réponses des IA ? » mais « est-ce que j’existe, de façon crédible et précise, dans la conversation que mon client a avec l’IA avant de me contacter ? »

C’est une question de méthode. Et ça commence par savoir qui est vraiment votre client — et comment il parle.

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A propos de l’expert

Diplômée de Burgundy School of Business (BSB), Carine Groz possède plus de vingt ans d’expérience en marketing et communication dans les secteurs médias, digital et tech. Après un parcours marqué par des responsabilités en études, data et conseil stratégique chez M6 Publicité puis au sein du groupe Webedia, elle rejoint Coexya en 2022 pour prendre la direction du marketing et de la communication. Elle y pilote la stratégie marketing, le développement de la marque et la performance digitale du groupe.

FAQ sur le GEO

  • / Qu'est-ce que le GEO ?

    Le GEO (Generative Engine Optimization) désigne l’ensemble des actions qui visent à augmenter la probabilité qu’un moteur IA — ChatGPT, Gemini, Perplexity, Claude — cite une marque ou ses contenus dans ses réponses. Là où le SEO cherchait à grimper dans un classement, le GEO cherche à être sélectionné dans une réponse. Ce n’est pas la même course.

  • / En quoi le GEO est-il différent du SEO ?

    Le SEO optimise pour des mots-clés et vise un ranking. Le GEO optimise pour des questions — souvent formulées en langage naturel, souvent posées en plusieurs étapes — et vise une sélection. Le KPI n’est plus le clic : c’est d’être la réponse, ou d’être cité dans la réponse. Les deux disciplines sont liées — un site invisible en SEO le sera aussi en GEO — mais elles ne se pilotent pas de la même façon.

  • / Pourquoi l'approche par persona est-elle indispensable en GEO ?

    Parce qu’un moteur IA ne donne pas la même réponse à tout le monde. La question d’un DSI sur la sécurité d’une architecture cloud et celle d’un directeur commercial sur l’automatisation des ventes appellent des réponses — et donc des sources — radicalement différentes. Mesurer sa visibilité GEO sans tenir compte de qui pose la question, c’est mesurer une moyenne qui ne correspond à aucun acheteur réel.

  • / Par où commencer concrètement ?

    Par ses personas, pas par un outil. Identifier les deux ou trois profils qui ont le pouvoir de vous choisir, construire les questions qu’ils posent réellement aux moteurs IA, puis aller observer ce que ces moteurs répondent — et si vous en faites partie. Ce diagnostic de base ne nécessite aucun abonnement SaaS. Il nécessite de la méthode et du temps. C’est de là que tout découle.


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